Journal - Samedi 30 mai

Au centre-ville. À nouveau cette impression en attendant un bus qui ne vient pas, une impression presque dérangeante de pouvoir côtoyer, le temps d’une étincelle, toutes ces vies, toutes ces existences si profondes, lointaines, compliquées ou simples, certainement si différentes de la mienne (mais tellement semblables) que je ne suis pas sûr de pouvoir les comprendre, si diverses, pauvres ou riches en expériences, en bonheurs ou malheurs diverses, qu’on ne saurait affirmer pour sûr qu’un sourire ne cache pas un profond désespoir ou qu’un visage fermé ne dissimule pas une extase silencieuse. Était-ce l’effet d’avoir séjourné longtemps seul ? La foule m’enivre et m’effraie, en même temps. Elle m’attire et je l’exècre. Une foule faite de feu et de glace, de prétentions, de petites arrogances, de sympathies, de respect et de peurs, de cordialité et de défiances. En même temps. Je ne sais plus qui a écrit ou dit que l’humanité était une psychothérapie de groupe qui a échoué.


On ne peut pas marcher comme si on était seul. On ne peut pas faire semblant de ne pas avoir de visage. Le bus arrive. C'est toute la ville qui semble être montée dans ce bus. Et nous voilà, Varsoviens, qui traversons la Vistule, avec toutes nos humeurs, nos éclats de voix, nos parfums bons ou mauvais, mêlées l’espace d’un samedi après-midi, que le grand fleuve emportera lentement et sûrement, en tout cas très loin là-bas vers la Baltique et où viendront jouer les mouettes et les fous de Bassan.

Je retrouve le calme apaisant de la cour de l’immeuble.
Il a plu et c'est bien.

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