Aujourd’hui, il pleut. Dans sa banalité, cette phrase ne dit pas toute la complexité de la pluie. Les gouttes ne choisissent pas où elles tombent, pourtant elles tombent avec une précision d’horloge, elles tombent par intermittence depuis plus de deux-cents millions d’années, façonnent le paysage et apportent la vie. Depuis la fenêtre, je vois seulement de rares passants qui se protègent d’un parapluie. La lumière grisâtre tamise toute velléité de bravoure, érode les humeurs et me renvoie à mon insignifiance.
Hier soir, je contemplais le long générique de fin d’un épisode de Midsomer Murders sur une chaîne de la BBC. La liste des personnes engagées dans un simple épisode était si longue qu’elle m’a donné le tournis. En m’efforçant de lire tous les noms, j’imaginais toutes ces personnes, des vies construites patiemment, précieuses, avec leur bagage d’histoires, parfois chamboulées, avec leurs lots de bonheurs ou de drames. Je me suis demandé si, personnellement, j’avais pu rencontrer autant de monde au cours de ma vie. Je me suis soudain rendu compte de l’anonymat immense où nous vivons, qu’il me serait impossible de connaître personnellement chacun des habitants de cette ville, de les connaître bien, un par un, de me souvenir de leur prénom. Il est déjà si difficile de connaître bien une seule personne, de ressentir cette affinité entre deux personnes qui se comprennent et se respectent. L’espèce humaine ressemble à un vaste désert. Marchant dans les rues bondées d’une métropole, je suis absolument seul. Les piétons sont des fantômes les uns pour les autres, les façades des grands immeubles des falaises abruptes. Si l’on faisait taire le bruit de la circulation, des ambulances et des haut-parleurs des centres commerciaux, le silence serait assourdissant. Mon désir de m’intégrer au monde ? Une sorte d’illusion pour le moins étrange. Nous sommes une espèce de sept milliards d’illusions qui se côtoient sans jamais vraiment se connaître. Sept milliards d’âmes errantes sur l’écume d’un rêve ou d’un cauchemar.
Pourtant, une seule âme suffit à vous réconforter. Et puis, notre cerveau n’est pas construit pour vivre dans une tribu composée de milliards d’individus.
Aujourd’hui, il pleut. Le chat a grimpé sur mes épaules. Son petit corps me réchauffe le cou et les épaules. Je sens qu’il est heureux. Je le sens parce qu’il y a cette vibration particulière au niveau du plexus solaire, un peu comme une communion, l’expression d’une affinité extrêmement profonde.
Aujourd’hui, il pleut. Et je souhaite de vous connaître.

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