12 juillet 2026 - Journal

Hier, accompagné par Gasper, en visite au MSN (le musée d’art moderne de Varsovie), nous plongeons dans l’univers des surréalistes. Je découvre beaucoup de noms : André Masson, Marie Čermínová Toyen, Alois Wachsman, Roberto Matta et tant d’autres.
Lorsque j’étais étudiant, l’une de mes amies étudiait l’histoire de l’Art. Elle avait préparé un mémoire de maîtrise sur Pierre Soulage. Je me souviens qu’elle pouvait rester plusieurs heures devant un tableau. Ces longues contemplations suscitaient mon admiration, mais elles n’ont pas tellement changé ma manière de parcourir un musée (plutôt en coup de vent, mais sans chercher à tout voir).
Bien sûr, certaines toiles ont eu ma préférence, en particulier, « l’ombre terrestre » de Magritte qui m’a laissé une forte impression. Ce tableau de taille modeste est sombre. Il représente la silhouette d’un dinosaure situé dans la pénombre. Dans cette pénombre, le dinosaure jette une autre ombre à peine plus sombre que la première. Ses bras d’apparence presque humaine sont agencés de manière paradoxale (un bras semble lui sortir du cou, l’autre de la jambe), il est courbé en avant, comme à l’agonie, une courbure qui tend vers le cercle, vers la révolution planétaire. Je trouve ce tableau très beau, effrayant et révélateur de l’état de notre inconscient collectif.
À l’heure où les think tanks néolibéraux se voient attribuer des sommes astronomiques pour contrôler les âmes, cette exposition « Surréalisme et antifascisme » sonne comme un avertissement. À ce jour, il existe malheureusement un lien étroit entre les désirs déraisonnables de croissance d’une élite et le risque de dérive autoritaire. Ne suffit-il pas de constater la prédation de certains multimilliardaires sur les entités de pouvoir et de contre-pouvoir pour s’en convaincre.

Cette exposition « Vous êtes au cœur du changement. Surréalisme et antifascisme », est à découvrir jusqu'au 10 janvier 2027 au musée d’art moderne de Varsovie.

Silence pour le climat

Lors des solstices et des équinoxes, des activistes, dont je fais partie, se réunissent dans la rue, sur les places, en tout cas sur la voie publique à Varsovie pour une communion et une sensibilisation silencieuse aux problèmes liés à l’environnement, en particulier le réchauffement climatique, la disparition des espèce, le saccage de la nature.

 

Lors des solstices et des équinoxes, des activistes, dont je fais partie, se réunissent dans la rue, sur les place, en tout cas sur la voie publique à Varsovie pour une communion et une sensibilisation silencieuse aux problèmes liés à l’environnement, en particulier le réchauffement climatique, la disparition des espèce, le saccage de la nature. Il a fallu apporter des chaises, des tapis, des coussins, la grosse cloche et son support. Chacun s'assoit où il veut, comme il veut. Nous sommes le vingt-et-un juin. Il est onze heures. Le soleil est déjà brûlant sur la grande promenade au pied de la Sirène de Varsovie, (au bord de la Vistule). Lorsque tout le monde est installé, on sonne la grosse cloche, un son solennel qui m’évoque la minute de silence à Hiroshima. C’est parti pour trente minutes d’assise silencieuse. Un petit vent brassé par le fleuve nous rafraichit. Parfois, un nuage a pitié de nous et nous soulage de la canicule ambiante. Durant cet instant de méditation, quelques réflexions me viennent. Je les ai notées un peu en vrac ci-dessous.

« Autrefois, de Grands Êtres habitaient la Terre. À l’origine, le Ciel et la Terre nous habitaient. » Cette époque, on aurait pu l’appeler : Ère de la Grande Harmonie, mais une telle époque ne porte pas de nom. Nulle trace dans les livres d’histoire. Une telle époque échappe à la narration des chroniqueurs ainsi qu’à nos échelles des temps. Une telle époque a pu exister ici ou là dans l’univers, renaître et disparaître à de multiples reprises. Mais aujourd’hui, animés par la peur ou le désir, nous nous sommes identifiés à la matière de nos corps, ainsi qu’à moult choses conditionnées. Nous avons perdu contact avec les parts les plus essentielles de nous-mêmes, notre bonté fondamentale, le présent, la conscience aigüe de notre interdépendance… Nous avons oublié à quel point nous n’avions pas d’identité propre. Nous nous sommes faits des films. Nous nous sommes imaginés en héros de pacotille, nous nous sommes identifiés à des personnages prétentieux ou pathétiques, renonçant du même coup à ce que nous n’avons jamais cessé d’être réellement et sincèrement.

Sans renouer avec notre bonté fondamentale, comment surmonter la crise climatique, comment la résoudre ? Ne sentons-nous pas que les solutionnismes technologiques ne font qu’accélérer notre perte, en ce sens qu’ils nous éloignent toujours plus d’une société harmonieuse, vertueuse, favorable au vivant ? De tels solutionnismes ne servent généralement qu’une caste étroite aveuglée par des règles établie pour leur seul profit. La lutte contre le dérèglement climatique et l’effondrement des espèces commence dans notre rapport immédiat aux êtres, aux choses, ainsi qu’à nous-mêmes. Elle se prolonge par l’éducation (c’est-à-dire par l’entretien dans nos sociétés de ce qui fait de nous des êtres fondamentalement bons).

Lors des solstices et des équinoxes, des activistes, dont je fais partie, se réunissent dans la rue, sur les place, en tout cas sur la voie publique à Varsovie pour une communion et une sensibilisation silencieuse aux problèmes liés à l’environnement, en particulier le réchauffement climatique, la disparition des espèce, le saccage de la nature. Il a fallu apporter des chaises, des tapis, des coussins, la grosse cloche et son support. Chacun s'assoit où il veut, comme il veut. Nous sommes le vingt-et-un juin. Il est onze heures. Le soleil est déjà brûlant sur la grande promenade au pied de la Sirène de Varsovie, (au bord de la Vistule). Lorsque tout le monde est installé, on sonne la grosse cloche, un son solennel qui m’évoque la minute de silence à Hiroshima. C’est parti pour trente minutes d’assise silencieuse. Un petit vent brassé par le fleuve nous rafraichit. Parfois, un nuage a pitié de nous et nous soulage de la canicule ambiante. Durant cet instant de méditation, quelques réflexions me viennent. Je les ai notées un peu en vrac ci-dessous.

« Autrefois, de Grands Êtres habitaient la Terre. À l’origine, le Ciel et la Terre nous habitaient. » Cette époque, on aurait pu l’appeler : Ère de la Grande Harmonie, mais une telle époque ne porte pas de nom. Nulle trace dans les livres d’histoire. Une telle époque échappe à la narration des chroniqueurs ainsi qu’à nos échelles des temps. Une telle époque a pu exister ici ou là dans l’univers, renaître et disparaître à de multiples reprises. Mais aujourd’hui, animés par la peur ou le désir, nous nous sommes identifiés à la matière de nos corps, ainsi qu’à moult choses conditionnées. Nous avons perdu contact avec les parts les plus essentielles de nous-mêmes, notre bonté fondamentale, le présent, la conscience aiguë de notre interdépendance… Nous avons oublié à quel point nous n’avions pas d’identité propre. Nous nous sommes faits des films. Nous nous sommes imaginés en héros de pacotille, nous nous sommes identifiés à des personnages prétentieux ou pathétiques, renonçant du même coup à ce que nous n’avons jamais cessé d’être réellement et sincèrement.

Sans renouer avec notre bonté fondamentale, comment surmonter la crise climatique, comment la résoudre ? Ne sentons-nous pas que les solutionnismes technologiques ne font qu’accélérer notre perte, en ce sens qu’ils nous éloignent toujours plus d’une société harmonieuse, vertueuse, favorable au vivant ? De tels solutionnismes ne servent généralement qu’une caste étroite aveuglée par des règles établie pour leur seul profit. La lutte contre le dérèglement climatique et l’effondrement des espèces commence dans notre rapport immédiat aux êtres, aux choses, ainsi qu’à nous-mêmes. Elle se prolonge par l’éducation (c’est-à-dire par l’entretien dans nos sociétés de ce qui fait de nous des êtres fondamentalement bons).


 

Varsovie - Samedi 14

 En promenade avec Béniou le chat. Malgré la laisse, je crois que c’est lui qui commande. Les sorties avec Béniou ressemblent à des aventures très minuscules. Au pied des grands immeubles, les gens ouvrent des yeux ronds parce qu’au bout d’une laisse, ils s’attendraient plutôt à voir un chien. Minou ! Minou ! Comment vous faites ? Il a l’air si sage ! C’est parce que c’est moi qui lui obéit, je réponds. En se cachant derrière les buissons, on longe la cour déserte de la maternelle. Béniou voudrait bien passer sous la grille, mais je dois l’en empêcher. Je crois qu’il est attiré par les volatiles (la cour de l’école maternelle est pleine de verdure). Lorsque les passants ou les voitures surgissent nous courons très vite dans l’autre sens. Je m’efforce de ne pas courir comme un ours parce que Béniou me prendrait pour un prédateur. S’il paniquait, je ne suis pas sûr que le fin harnais tiendrait le coup. Un oiseau minuscule nous a repéré et donne l’alerte avec un bruit répété, un bruit sec et agressif, comme le bouchon d’un tac-tac, mais beaucoup plus rapide, suivi parfois d’une note fluette. Il cherche à protéger son nid. Enfant, je jouais au tac-tac dans la cour de l’école. Deux boules attachées à un fil qui rebondissaient l’une contre l’autre. Je trouvais ça tellement fascinant ! Mes copains aussi. On se le prêtait pour savoir qui ferait le plus de tacs. Il y en avait toujours un plus fort que moi. Je n’ai jamais eu de chance pour gagner.

 Quelques gouttes éparses tombent du ciel gris. Cela ne décourage pas Béniou. Si je l’écoutais, il m’emmènerait jusqu’au zoo de Praga. Cette fois, c’est moi qui décide de rentrer. Nous découvrons même le plaisir de l’ascenseur.