Varsovie. Le centre-ville, avec ses grattes-ciels dernier cri qui se dressent comme de gigantesques miradors autour du fameux Palais de la Science et de la Culture, le monument "offert" au Polonais par Staline après la seconde guerre mondiale.
À nouveau cette impression en
attendant un bus qui ne vient pas, une impression presque dérangeante de
pouvoir côtoyer, le temps d’une étincelle, toutes ces vies, toutes ces
existences si profondes, lointaines, compliquées ou simples, certainement si
différentes de la mienne (mais tellement semblables) que je ne suis pas sûr de
pouvoir les comprendre, si diverses, pauvres ou riches en expériences, en
bonheurs ou malheurs diverses, qu’on ne saurait affirmer pour sûr qu’un sourire
ne cache pas un profond désespoir ou qu’un visage fermé ne dissimule pas une
extase silencieuse. Était-ce l’effet d’avoir séjourné longtemps seul ? La foule
m’enivre et m’effraie, en même temps. Elle m’attire et je l’exècre. Une foule
faite de feu et de glace, de prétentions, de petites arrogances, de sympathies,
de respect et de peurs, de cordialité et de défiances. En même temps. Je ne
sais plus qui a écrit ou dit que l’humanité était une psychothérapie de groupe
qui a échoué.
On ne peut pas marcher comme si on était seul. On ne peut pas faire semblant de
ne pas avoir de visage. Le bus arrive. C'est toute la ville qui semble être
montée dans ce bus. Et nous voilà, Varsoviens, qui traversons la Vistule, avec
toutes nos humeurs, nos éclats de voix, nos parfums bons ou mauvais, mêlées
l’espace d’un samedi après-midi, que le grand fleuve emportera lentement et
sûrement, en tout cas très loin là-bas vers la Baltique et où viendront jouer
les mouettes et les fous de Bassan.
Je retrouve le calme apaisant de la cour de l’immeuble. Il a plu et
c'est bien.
