Dernièrement, un merle chante entre nos immeubles. Il chante la solitude des lieux, les variations de la lumière entre deux nuages.
Assis sur le balcon, je me suis pris de passion pour le sudoku. La règle est simple et les niveaux de difficulté variables. J’utilise une appli où j’ai découvert plusieurs stratégies pour remplir ma grille, par exemple, quand, dans la ligne, la colonne et le pavé de la case vide à remplir, il ne manque plus qu’un seul chiffre, c’est ce chiffre-là qu’il faut placer. Il faut juste savoir compter de un à neuf. Avec l’habitude, les yeux et le cerveau repèrent immédiatement les chiffres manquant dans cette suite.
Lorsque le niveau devient plus complexe, ces techniques ne suffisent plus. Heureusement, les applis ont toutes un mode « crayon ». Vous pouvez noter par exemple les chiffres probables lorsque aucun indice ne vous permet de décider s’il faut placer un sept ou un deux par exemple. Vous pouvez aussi utiliser ce mode crayon pour noter les chiffres interdits. Cela exige une réflexion un peu plus poussée, mais dans l’ensemble, lorsque vous avez trouvé, vous vous rendez compte que ce n’était pas si difficile.
Il est tard et ma grille de sudoku n’avance pas. Comme j’ai les yeux embrumés, les chiffres se mêlent dangereusement, alors je renonce à la satisfaction superficielle de finir la partie.
Le merle continue son chant solitaire entre les immeubles vides. Je sais très bien que les immeubles ne sont pas réellement vides (certaines pièces sont même éclairées), mais comme je n'en connais pas les habitants, ces grandes façades pourraient aussi bien être des gorges de montagne, ou des canyons. L'antenne, là-haut, ressemble à un pin solitaire. Il commence à faire sombre. Concentrés sur le monde étroit de leur bulle, des millions de gens jouent à d'autres sudokus, parfois des sudokus plus insensés que le mien, des sudokus géants où ce sont des personnes que vous placez ici ou que vous effacez là.
Le monde tel que nous le connaissions franchit à présent cette limite indicible qui sépare le jour de la nuit. Le merle ne le sait pas et continue son chant.
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