Journal - 25 septembre 2026


Sur la place de l’Europe à Varsovie, devant l’entrée de l’Institut Français, il y a six arbres.

Ce sont des conifères, mais je n’ai pas réussi à identifier l’essence. Les aiguilles déjà raréfiées ont jauni à l’extrémité, mais je ne crois pas que ce soient des Mélèzes (les Mélèzes perdent leurs aiguilles à l’automne), parce que je connais bien les Mélèzes pour avoir pu les contempler saisons après saisons près de la forêt. Non, ici, j’en ai bien peur, il s’agit de leur santé. Ces grands arbres sont cernés de toutes parts par de hautes tours d’acier et de béton. Ils semblent avoir été extrait de leur terre d'origine et replantés à cet endroit, sur un substrat urbain où l’on a peine à imaginer que puissent y prospérer lombrics, larves ou mycélium, mais dans lequel court un réseau de tuyaux noirs d’alimentation en eau. Il faisait nuit quand je suis arrivé. En touchant leurs aiguilles, j’ai ressenti une sorte de désespoir, peut-être la solitude des lieux.  Des conifères de montagne, replantés hors-sol ! Hormis l’Institut Français qui fait figure d’exception, de hauts buildings abritent des banques ou des corporations, comme Frontex. Le téléphone à la main, une poignée de salariés trentenaires vaque à ses occupations. Ces buildings sont si hauts qu’on ne voit pas le ciel. Pour ma part, je suis profondément pro-européen. Pour autant, ce que m’ont dit les arbres ce soir-là m’effraie.

On voit parfois des passants coller ou punaiser des affiches sur des arbres en ville. Les arbres sont devenus, à nos yeux civilisés, des poteaux que l’on coupe quand ils nous gênent, de la matière première, des objets d’agrément et de décoration. Les salariés de nos corporations semblent être devenus insensibles au vivant. Si nous ne voyons pas la vie à l’extérieur de notre corps, comment pourrions-nous la percevoir en nous ? S’il vous plaît, lorsque vous passerez à l’Institut Français, place de l’Europe à Varsovie, approchez-vous de ces arbres, chuchotez-leur quelques mots, touchez légèrement leurs aiguilles comme on tient la main d’un enfant, ou placez votre main sur le tronc. Ressentez ce qui est vivant en eux et en vous. Je vous assure qu’ils ne seront pas indifférents.

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