Le tableau
Le chat Béniou et moi, à nouveau à baguenauder dans la grande prairie solitaire derrière la maison qu’on se croirait dans l’un de ces tableaux d’Andrew Wyeth. Comme souvent, le chat m’emmène au ruisseau pour contempler l’écoulement du ruisseau. Combien d’années en ce lieu reclus ? Tellement que j’ai fini par être imprégné de silence, jusque dans mes atomes.
Hier, sortie cinéma avec nos amis. Nous sommes allés voir Emilia Perez à la séance de quatorze heures. Lorsque Aga me demande ce que j’en pense, j’ai envie de dire que je n’en pense rien, mais je dis autre chose, que le film m’a plu jusqu’à la moitié, que je trouve qu’il y a des longueurs. Avec nos amis, la discussion au café se déroule en polonais, presque sans moi. C’est devenu une habitude. Pourtant, j’apprécie mes amis, leur attention, leur bienveillance. J’essaie de temps en temps de donner la réplique. Comme d’habitude, je ne comprends que la moitié de ce qui se dit. Le temps pour moi de rassembler les mots dans ma tête pour réagir, et la discussion se poursuit déjà sur d’autres sujets. Je finis par me décourager. Je rêvasse en silence. Je finis par être absent.
Demain, à nouveau, j’irai baguenauder avec Béniou le chat dans un autre tableau d’Andrew Wyeth. Là-haut, sur la colline, il y a cette grande bâtisse vide qui me sert de refuge.
À deux pas, le grand monde bouillonne, dangereusement.