Je décide d’aller marcher seul sur le chemin qui mène vers le lac. Dans le champ au-dessus de la maison, une moissonneuse est à l’œuvre pour couper ce qui reste de blé. J’ai tout loisir d’observer son manège. Malgré le dénivelé, la grosse bête gravit doucement la colline pour dévorer ce qui reste de moisson. Derrière elle, un tracteur aspire la paille et régurgite de temps à autre d’énormes bottes de foin.
De gros champignons blancs poussent en lisière de forêt. Cela me rappelle une cueillette de champignons à la chaponnière. Je devais avoir dans les quatre ou cinq ans. Mes cousins Charles et Pierre m’avaient emmené à travers champs et bois, de l’autre côté de la route de Céaucé. Des champignons poussaient là-bas, dans le petit bois. Et comme cela ressemblait à des rosés des champs, mes cousins entreprirent d’en ramasser toute une brassée. Nous rentrâmes à la ferme, chargés de tous ces champignons, il fallait passer sous une clôture électrique. Je me pris le premier coup de jus de ma vie et débarquai en pleurs dans la salle à manger des grands-parents. Les champignons furent immédiatement jetés, les mains bien lavées et la leçon faite de ne pas ramasser n’importe quoi. Très probablement, il ne s’agissait pas du tout de rosés des champs.
Autre souvenir, même époque, je vais jouer avec des petits voisins de mon âge, à Tourouvre, rue Magné-de-Marolles, donc environ cinq ou six ans. Il y a un lavoir, nous jouons à y lancer des poires qui sont tombées dans leur jardin. La petite voisine voudrait bien que je lui en attrape une ou deux qui flottent sur l’eau. Son frère me met en garde, mais trop tard. Je tombe là-dedans et ne sais pas nager. Je panique un peu en essayant de regagner la surface. Je me souviens parfaitement de cet instant dramatique où j’ai eu la tête sous l’eau, et d’avoir entendu leurs cris. Le petit voisin a saisi un bâton qui suffit pour me repêcher. Et c’est tout trempé que je rentre chez moi. Maman est furieuse et me rouspète. « Heureusement que ton père n’est pas là ! » dit-elle.
C’est curieux comment ces souvenirs me renvoient à maman, à son inquiétude de mère et à son amour inconditionnel. Aujourd’hui, j’ai plus de cinquante ans, mais ces souvenirs-là sont vibrants pour ne pas dire brûlants. Leur image s’est avivée avec le temps. Et j’ai l’impression que ce sont des trésors que je vous confie là.
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Un peu plus tard, je rentre chez nous. Aga a mis la maison en vente au cours de l’après-midi. Chacune des photos publiées a demandé beaucoup de travail, parfois des journées entières pour nettoyer, réparer, repeindre puis retoucher un peu les photos pour faire disparaître des petits défauts. L’effet ne tarde pas à se faire ressentir. Deux heures plus tard, le téléphone n’arrête pas de sonner. C’est comme si la Pologne voulait acheter notre chère demeure. C’en est presque effrayant. Deux visites sont prévues dès demain, plusieurs le week-end prochain, alors c’est le branle-bas de combat pour faire le ménage. J’avoue à notre fils que je commence à ressentir une certaine tristesse.
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