Samedi 23 août 2025

 


 

Récemment, Gasper s’est acheté un tourne-disque de marque allemande. Nous l’avons installé sur le buffet. Comme Gasper n’est pas là, c’est moi qui m’occupe du branchement. À priori, ce n’est pas compliqué, mais il m’a fallu comprendre qu’il fallait brancher un petit fil noir, et voilà que retentit un saxophone, une contrebasse. Je découvre quelques vieux disques de vinyle qu’Aga conservait dans un meuble, notamment des disques de Jazz polonais des années quatre-vingt. Stanislaw Sojka, Sinatra, et bien d’autres dont j’ai oublié le nom. Le son est plus rond et plus chaud que le numérique. C’est vraiment plaisant. À chaque fois que Gasper rentre chez nous, nous avons droit à une séance de jazz ou à d’autres genres musicaux dénichés dans quelque boutique de vinyle Varsovienne.

En pensant aux disques vinyle, Je me suis souvenu récemment qu’enfant, à la maison, nous écoutions souvent des contes sur des 45 tours, comme « La chèvre de monsieur Seguin » d’Alphonse Daudet, lue par la voix chantante de Fernandel. Je revois encore la pochette avec son illustration. La chèvre grignote la corde et va batifoler dans la montagne, mais le soir, elle rencontre le loup. Et cette phrase si terrible à la fin : « Elle se battit toute la nuit, et au matin, le loup la mangea. » Et voilà que je m’interroge sur les intentions éducatives de l’auteur. Y avait-il un message caché ? Pour suggérer aux enfants qu’ils devraient obéir à leurs parents, pour ne pas être mangés par quelque chose de terrible ? Qu’est-ce que cette corde à laquelle est attachée la chèvre ? Pourquoi ne prendrait-elle pas le risque de la liberté ? Et nous, avons-nous encore des cordes qui nous retiennent, des cordes qui nous ont été subtilement passées autour du cou alors que nous écoutions d’innocentes histoires ? De quoi ce monsieur Seguin a-t-il si peur ? Peut-on apprendre aux chèvres à vivre parmi les loups ? Qui sont les loups pour les chèvres, et pour nous ? Ne serait-il pas utile d’en discuter avec nos enfants ? Pour que la corde qui retient la chèvre de ce Monsieur Seguin ne les retienne pas subtilement, plus tard, lorsque la vie exigera d’eux qu’ils prennent des risques justement ?

Un maître zen expliquait que pour mieux contrôler les autres, il fallait d’abord leur donner tout l’espace et toute la liberté possible. Cela semble paradoxal. L’oiseau enfermé dans sa cage finira par s’envoler et ne reviendra plus, mais si vous lui apprenez à vivre en liberté, il reviendra. Il reviendra même tous les jours, peut-être…. Cela m’évoque aussi un principe taoïste qui consiste à ne pas interférer exagérément avec le karma d’autrui, à s’abstenir d’empêcher quiconque de suivre le cours de son destin.

Je vous laisse le loisir d’en tirer vos propres conclusions. Nul doute qu’il existe de nombreuses réponses possibles au problème brûlant de la liberté des chèvres et des êtres humains.